Lorsque l’on entre dans une fonction, fut-elle politique et confiée par le suffrage universel, il est vain de croire que l’on est capable immédiatement d’être opérationnel puisque l'on doit absolument observer, analyser, décoder pour pouvoir s’intégrer dans des dispositifs parfois complexes. Il faut surtout s’adapter aux gens en place, se frayer un chemin et admettre que l’on n’est qu’un parmi beaucoup d’autres. Dans quelques jours, après 7 mois de présence au Conseil Général je mesure la difficulté qu’il y a à passer du rôle de " Maire animateur décideur " à celui " d’élu solidaire gestionnaire ". Heureusement que j’ai derrière moi deux mandats de " conseiller municipal de base" et que je sais qu’il ne faut en rien s’inquiéter de sentiments complémentaires qui naissent inévitablement dans les premiers mois d’un mandat : l’un repose sur un désir permanent de vouloir tout connaître, tout savoir, l’autre se base sur la sensation de n’être jamais suffisamment informé de tout et enfin celui qui consiste à croire qu’avant vous rien n’a été fait ou que tout a été mal fait !

J’ai maintes fois répété aux membres des équipes municipales qui m’accompagnent que lorsque cette insatisfaction naît elle peut avoir de douloureuses conséquences sur la solidarité euphorique des premières heures après les victoires. Il faut savoir la dépasser et l’admettre car il est aussi vain dans un conseiller municipal de prétendre connaître tous les détails du quotidien communal que de vouloir tout appréhender de la vie d’une institution aussi gigantesque que celle qu’est en Gironde le Conseil Général.

La confiance doit exister et débuter d’abord en admettant que dans une équipe, si tout le monde concourt aux mêmes objectifs, personne n’évolue à tous les postes avec exactement le même registre. C’est de la solidité de la "complémentarité" qui naît le succès mais rarement de la pagaille créée par l’omniprésence dans tous les secteurs de tout le monde. Si on l'admet au sein d’une liste on préserve vite la période très délicate de la première année où s’installe les jalousies par l’inflation des ego de personnes promptes à oublier d’où elles viennent.

Dans les prochaines semaines, fidèles aux engagements souscrits, je vais partir sur le terrain à la rencontre des élus, des citoyennes et des citoyens pour présenter, écouter, débattre autour de sujets qui me paraissent essentiels sans trop me soucier de ce que font les autres. Je veux rester dans la mission que l’on m’a confiée mais m’y investir à fond et être quoi qu’il advienne solidaire des décisions des autres dans les secteurs où je n’interviens pas. En tant que Président du Conseil départemental des déchets ménagers et assimilés, tâche peu " glorieuse " mais passionnante par les enjeux qu’elle sous-tend, il va donc me falloir accompagner une étude lourde destinée à proposer des sites d’implantation éventuelle destinés au traitement biomécanique des déchets et au stockage des produits non récupérables sur les secteurs de l’Entre Deux Mers, du Sud Gironde et du bassin d’Arcachon. Ce ne sera pas une sinécure. Là il me faudra aller sur le terrain, seul, porter la parole du global au local afin qu’émerge cet intérêt général dont nous avons toutes et tous tant besoin mais que nous oublions dès que les projecteurs éphémères du succès nous font croire que nous sommes indispensables. Ce sera un premier test de ma solidité dans l’épreuve de la responsabilité sociétale. En fait la seule vérité rassurante tient dans la loyauté à l’égard des autres et dans la continuité dans les valeurs personnelles auxquelles on est attaché…Les craquements précoces qu l’on constate dans déjà dans certains "blocs" municipaux ne sont que les prémices de séismes plus grands. Seul le temps permet en effet de juger la sincérité des engagements au sein d’une équipe !