La campagne officielle est loin d'être commencée mais notre présence sur le terrain s'intensifie.
L'équipe est formée et les premières crises arrivent. Matthieu Rouveyre, notre directeur de campagne est critiqué de plus en plus pour son management de l'équipe et surtout pour son manque de
fermeté.
Lui qui avait imposé, et obtenu, que Wilfried Grounon ne soit pas le suppléant de Michèle Delaunay . C'était la condition pour accepter le poste de directeur de campagne. Mais je suis persuadé
qu'il aurait aimé être le suppléant. Et il pensait, bien sûr, que cela permettrait d'écarter Wilfried pour la candidature sur le 5ème canton.
Mais Michèle Delaunay avait d'autres intentions. Le poste de suppléant, elle l'avait proposé à Serge Simon et nous attendions tous sa réponse. Elle avait aussi pensé à Pierre Hurmic. Mais les
verts n'aiment pas être les suppléants de quelqu'un et, à Bordeaux plus qu'ailleurs, ils aiment se compter régulièrement.
Matthieu Rouveyre n'était pas un si mauvais directeur de campagne que cela. Il est vrai qu'il a laissé chacun gérer ses tâches, avec beaucoup de liberté, mais peut-être que les participants à
cette campagne avaient envie d'être plus encadrés.
Un jour, je l'ai averti de ce qui se préparait à son sujet. Et cela n'a pas tardé. Lors d'une réunion, ils s'est fait prendre à partie par Maïté Cazaux, la secrétaire de section de Bordeaux
Bastide, qui n'a pas la langue dans sa poche. Bonne militante, bonne camarade, très active, elle ne prend pas de pinces pour épingler quelqu'un. Cette ségolèniste feroce est un peu
trop partisane, ce qui ne la sert pas toujours.
Maïté avait dit à Matthieu ce que presque tous pensaient dans l'équipe. Blessé, il a présenté sa démission à Michèle. Elle lui a demandé de réfléchir.
En début de semaine, il a confirmé sa décision. Mais comment annoncer à la presse son départ ? Il avait été présenté peu de temps avant comme un directeur de campagne souhaitant mener une
campagne différente. A la lecture de l'article, on avait l'impression que nous saurions minute par minute la position de chaque militant. Une campagne basée sur les nouvelles
technologies.
Matthieu Rouveyre a déposé un recours au tribunal administratif contre le maire de Bordeaux suite à un vote en conseil municipal. Voilà une excuse bien trouvée pour justifier sa démission.
Il démissionnait du poste de directeur de campagne pour que la droite ne dise pas que son recours était fait uniquement pour des raisons électorales. Bien joué !
La réalité était toute autre.
Beaucoup de militants étaient intéressés par cette campagne mais refusaient de faire campagne pour Ségolène Royal. J'étais de ceux-là.
Malheureusement les deux campagnes se croisaient et ceux qui étaient hostiles au mélange des deux campagnes ont été un peu obligés de s'impliquer, d'autant plus que la pression des ségolénistes,
incapables de mobiliser autour de Ségolène, se faisait sentir de plus en plus. Et en face, dans le camp de Sarkozy, nous avions une énorme organisation qui se mettait en place. Nous devions
réagir.
Mais ce qui m'a fait changer d'avis, ainsi qu'à beaucoup de mes camarades, c'est que nous avons compris très tôt que Ségolène Royal allait droit dans le mur et avec elle les candidats aux
législatives. C'était un suicide collectif.
Militants socialistes avant tout, beaucoup d'entre nous se sont retrouvés à faire campagne pour une candidate dont nous ne voulions pas. Ironie de l'histoire, nous étions beaucoup plus
nombreux que les troupes de ségolène qui à Bordeaux étaient presque invisibles. Et quand on les voyait, Ségosphère ou Désirs d'Avenir, ce n'était pas toujours dans des actions qui pouvaient faire
gagner des voix.
Suite à la démission de Matthieu, nous avons du revoir la direction de l'équipe. La décision a été prise en pleine rue, à trois.
Michèle Delaunay voulait nommer un nouveau directeur de campagne et l'annoncer dans la presse pour faire en sorte d'avoir un nouvel article. Avec la présidentielle, la presse parlait si peu des
législatives.
Bertrand Dubois, l'éminence grise de la campagne, lui a fait comprendre qu'elle avait déjà un directeur de campagne. Lui, il ne pouvait pas s'afficher comme tel car il occupait un poste important
dans une collectivité.
Et le directeur de campagne c'était moi. Mais moi, et Bertrand l'a bien compris, je ne voulais pas du titre et encore moins que ce soit annoncé dans la presse.
Nous avons donc convenu que la campagne serait dirigée par Michèle Delaunay, Bertrand Dubois et moi. Je serais le manager. Appellation officielle dans l'organigramme de la campagne.
Cela me convenait. C'est un peu ce que je faisais déjà en plus des sorties de terrain tous les jours avec Michèle Delaunay après sa journée de travail à l'hôpital.
Contrairement à Alain Juppé, elle avait peu de temps libre pour faire campagne. C'est souvent fatiguée, parfois malade, que je la récupérais tous les soirs à la sortie de l'hôpital. Et parfois
très triste parce qu'elle avait eu plusieurs décès dans son service. Elle avait l'air d'en souffrir malgré les nombreuses années de pratique professionnelle.
Je me disais alors qu'elle ne devait pas être comme les autres. Je croyais très fort en elle et me rendais compte que de plus en plus elle avait envie de gagner cette élection. Cela me motivait
aussi. Ces moments-là ont été très forts et font qu'ils multiplient votre volonté par milliers.
La campagne prenait son rythme de croisière. Je vous raconterai la suite bientôt.
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