Depuis deux ans que j'essaie d'aider les rroms, ces tsiganes originaires des pays de l'est, qui vivent misérablement dans les squats de
l'agglomération bordelaise, j'ai eu l'occasion d'entendre tout et n'importe quoi.
Ces propos viennent du français moyen mais aussi des élus ou des journalistes. Force est de constater que peu de gens connaissent quelque chose aux rroms, à leur mode de vie, leurs origines,
leurs traditions, leurs désirs où leurs aspirations.
Ajoutons à cela la peur de l'étranger et la peur du tsigane voleur de poules et nous avons un condensé prêt à être utilisé par ceux qui ont des instincts racistes dans leur petit
cerveau.
Quelques questions viennent régulièrement et je vais essayer d'y répondre dans ce billet.
- Pourquoi viennent-ils en France ?
C'est la question la plus posée et qui est presque systématique. Ils viennent en France pour les beaux yeux des français... Sérieusement, les rroms bulgares répondent souvent "parce qu'en France
on peut manger tous les jours". No comment !
- Elles sont où leurs caravanes ?
La plus grande majorité des rroms ne sont pas des voyageurs. Ils sont sédentaires, aussi bien en France que dans leur pays d'origine. Dans la région bordelaise, il n'y a que deux caravanes sur
les sept lieux de vie recensés par les associations. En Île-de-France et parfois dans d'autres grandes villes, ils vivent en caravane car ils y sont obligés, ne pouvant pas trouver des logements
en dur. Malheureusement, cela facilite le travail des "forces de l'ordre" lors des expulsions des terrains.
- Est-ce que leurs enfants vont à l'école ?
Oui, seulement quand les maires acceptent leur inscription dans les écoles de leur commune. Plusieurs maires en France refusent cette inscription. C'est le cas à Cenon, ville de la proche
banlieue bordelaise où pour scolariser un enfant le service éducation de la mairie demande un justificatif de domicile que le maire refuse de délivrer sous prétexte que les rroms
habitent dans un squat illégalement.
- Est-ce qu'ils touchent les allocations familiales ?
Oui et non. Ceux qui en ont fait la demande avant le mois de juin 2008, perçoivent des allocations familiales que certaines caisses essaient de leur supprimer. Les autres, n'ont droit absolument
à RIEN sauf à l'aide médicale d'état (AME) comme toute personne résidant sur le sol français depuis plus de trois mois.
- Pourquoi est-ce qu'ils ne travaillent pas ?
La question est bonne mais la réponse est compliquée. Tout d'abord, les rroms résidant en France sont en majorité originaires de Roumanie et de Bulgarie, deux pays membres de l'Union
Européenne.
Ce sont aussi les seuls ressortissants communautaires qui subissent des restrictions dans l'accès à l'emploi. Seule une liste de 150 emplois leur ouverte mais le plus difficile est de trouver un
employeur qui accepte les contraintes des conditions d'embauche.
J'explique. Pour nous embaucher, vous ou moi, l'employeur doit seulement faire une déclaration à l'URSAAF. Dans le cas des roumains et des bulgares, l'employeur doit passer une annonce au Pôle
Emploi et justifier qu'il n'a pas eu la possibilité de recruter une autre personne, il doit constituer un dossier complexe avec, par exemple, les trois derniers bilans de la société, le registre
du personnel, les statuts de la société et tout un tas d'autres documents prouvant que la société a bien payé ses impôts et autres charges sociales. Le patron doit en outre payer une taxe à
l'Office Français de l'Immigration (OFI) de 893 € si le salaire est de moins de 1500 € et le double si le salaire dépasse 1500 €.
Il faut alors envoyer ce dossier à la préfécture pour obtenir une carte de séjour pour le salarié avant de l'embaucher. Avouez que cela ne donne pas envie d'embaucher.
- De quoi vivent-ils ?
Selon les communautés, de la manche, du nettoyage des pare-brises, de la récupération de ferraille et parfois de travail au noir même s'ils se font souvent avoir pas des patrons qui les font
travailler et ne les paient pas.
- Que mangent-ils ?
Ils mangent les enfants. Je plaisante, bien sûr. Certains pensent qu'ils mangent les hérissons ou les chats. En réalité ils mangent très mal, pas du tout équilibré et parfois très gras. Cette
mauvaise alimentation est souvent à l'origine de problèmes de santé assez graves.
Cela dit, si un jour on vous invite à manger une soupe de yaourt, n'hésitez pas une seconde. C'est très bon.
- Est-ce qu'il y a un chef dans les terrains ou dans les squats ?
Oui, autant de chefs que de personnes. En clair, non !
- Ont-ils le droit de vivre en France ?
Ils ont le droit de circuler sur le territoire français pendant trois mois et ils doivent quitter la France ensuite. Seulement, il n'y a plus personne aux frontières pour vérifier qu'ils sont
sortis. Ils peuvent aussi revenir dans la minute qui suit. On se retrouve donc dans une situation où personne n'est capable de dire depuis combien de temps ces personnes sont en France et on
continue quand même à les expulser.
Par exemple, un rrom roumain s'est vu délivrer le 17 août une convocation à la Police aux Frontières de l'aéroport de Bordeaux pour être expulsé le 6 septembre alors que la veille (16 août) il
avait été en Espagne.
J'espère que j'ai répondu à quelques unes des questions que vous vous posiez sur les rroms. N'hésitez pas à demander plus dans les commentaires. J'essaierai d'y répondre.
Dans un prochain billet, je vous dirai comment les rroms peuvent être une très bonne affaire pour les communes.
A suivre...
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